L’ULCC accable l’ancien président Michel Joseph Martelly : Des dizaines de comptes bancaires « oubliés » révélés

L’Unité de Lutte Contre la Corruption ( ULCC) a dévoilé lundi 8 décembre 2025 un rapport d’enquête accablant concernant l’ancien chef de l’État Michel Joseph Martelly. Selon les conclusions rendues publiques, l’ex-président aura omis de mentionner dans sa déclaration de sortie de fonction un impressionnant nombre de comptes bancaires — tant individuels qu’institutionnels — ainsi que plusieurs cartes de crédit.

Lors de sa sortie de fonction, Martelly avait déclaré un nombre limité de comptes : deux dépôts à terme à la Unibank totalisant 386 866,37 USD, ainsi que six comptes à la Capital Bank — un libellé en gourdes d’une valeur de 5 226 577,25 gdes, et cinq en dollars, dont un crédité de 175 372,97 USD. À cela s’ajoutaient un prêt hypothécaire de 108,6 millions de gourdes, ainsi que trois lignes de crédit auprès de la BNC, de Unicarte et de Sogebank.

Mais l’examen approfondi des relevés bancaires transmis par plusieurs établissements financiers a mis au jour des incohérences majeures : l’ULCC recense désormais 17 comptes bancaires actifs — soit la quasi triple des comptes déclarés — ainsi que 3 cartes de crédit, tous enregistrés au nom de Martelly. Autant d’éléments largement absents de la déclaration initiale soumise en 2018 au greffe du Tribunal civil de Port-au-Prince.

Face à ces divergences flagrantes, l’ULCC a recommandé d’engager l’action publique pour fausse déclaration de patrimoine, conformément à la loi du 12 février 2008, ainsi qu’aux articles 107 et 108 du Code pénal. Le rapport qualifie la déclaration de l’ancien président de « incomplète, fausse, incohérente et tardive ».

Ce rapport jette une lumière crue sur les pratiques de transparence des anciens responsables de haut rang. Pour Martelly, il pourrait s’agir du début d’un long combat judiciaire et d’une remise en cause publique — au-delà de l’image politique — de sa gestion personnelle des finances. Mais au-delà d’un cas individuel, l’affaire soulève une question majeure pour la classe dirigeante haïtienne : dans quelle mesure les mécanismes de reddition de comptes et de suivi des patrimoines sont-ils réellement efficaces ?

L’existence de comptes non déclarés par un ancien président mine la confiance dans les déclarations d’actifs officielles — censées garantir la responsabilité et prévenir la corruption. Pour l’ULCC, ce type de révélation illustre clairement la nécessité d’un contrôle indépendant, rigoureux et transparent.

À ce stade, l’ULCC n’a fait qu’émettre une recommandation d’action publique : ce sera au parquet ou aux tribunaux compétents d’en décider. L’ancien président aura l’opportunité de s’expliquer — ou de contester — ces conclusions.

Mais dans l’opinion publique, le simple fait que 20 comptes (comptes bancaires + cartes) aient été « oubliés » ou dissimulés soulève un sérieux problème de crédibilité. Pour l’instant, c’est la présomption de bonne foi qui domine. Mais si l’affaire aboutit, elle pourrait marquer un tournant dans la lutte contre l’impunité financière en Haïti.

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