Haïti : Un rapport explosif dévoile un vaste détournement de fonds publics et des défaillances administratives majeures

Une nouvelle onde de choc traverse l’administration publique haïtienne après la publication, lundi, d’un rapport accablant mettant en lumière un système de détournement de fonds publics, de graves irrégularités administratives et une gestion hasardeuse des ressources de l’État.

Selon les conclusions du rapport, 50 millions de gourdes avaient été allouées par l’État pour l’organisation d’activités institutionnelles. De cette somme, 46,1 millions ont été réellement dépensées, tandis que 3,6 millions de gourdes auraient été détournées au profit de Marc Enol Exinord, agissant de concert avec Fermond Valériste, grâce à une société fictive montée dans le seul but d’opérer la manœuvre frauduleuse.

Au-delà du détournement lui-même, le document expose un laxisme institutionnel profondément ancré. Le directeur administratif et du budget, Jildas Jacques, ainsi que le coordonnateur de l’Unité de Coordination des Directions Départementales (UCDD), sont sévèrement critiqués pour n’avoir effectué aucun contrôle sérieux des pièces justificatives. Parmi ces dernières figuraient notamment les dépenses liées aux 9 millions de gourdes destinées aux activités dans les dix départements du pays.

Le rapport signale également une pratique inhabituelle : la totalité du budget aurait été remise en espèces à la ministre Sarah Lyn Devalis Octavius, en contradiction totale avec les principes de transparence financière et les règles de la comptabilité publique.

La ministre Octavius se retrouve au cœur de plusieurs accusations graves. Elle est notamment soupçonnée d’avoir :

attribué irrégulièrement un marché d’achat de drapeaux d’une valeur de 10,2 millions de gourdes,

abusé de son autorité en contournant les procédures légales de passation de marchés.


Dans la même dynamique, Rony Séjour, directeur départemental de l’Artibonite, aurait favorisé ses propres intérêts dans un contrat évalué à 349 800 gourdes, accordé à l’association GRAJUDH.

Face à la gravité des faits, la commission d’enquête propose une série de mesures fortes :

la réalisation d’un audit exhaustif par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA) ;

l’arrêt immédiat de l’impression de chèques publics au nom des fonctionnaires ;

des sanctions disciplinaires contre le DAAB et le coordonnateur de l’UCDD.


Sur le plan pénal, les enquêteurs recommandent l’ouverture de poursuites judiciaires contre :
Niola Lyn Sarah Devalis Octavius, Rony Séjour, Jean Emmanuel Eliacin, Monaster Fénélon, Peterson Iscente Desormeau, Onel Mael, Marc Enol Exinord et Fermond Valériste, pour détournement de biens publics, abus de fonction, fraude administrative et passation illégale de marchés.

Le rapport met en évidence une défaillance profonde des mécanismes de contrôle interne, laissant place à des dérives graves dans la gestion des ressources publiques. Il rappelle l’urgence absolue de renforcer les systèmes de transparence, de supervision administrative et de reddition de comptes, dans un pays où la mauvaise gestion demeure l’un des obstacles majeurs au développement.

À l’heure où Haïti tente de reconstruire ses institutions et de restaurer la confiance publique, ces révélations rappellent que la réforme administrative n’est plus une option, mais une nécessité vitale.

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