L’arrestation récente de Jeriah Mast, ancien missionnaire américain lié à Christian Aid Ministries (CAM), replonge Haïti dans une réalité douloureuse : celle des violences sexuelles commises par certains acteurs étrangers bénéficiant du silence, du pouvoir et de la vulnérabilité de leurs victimes. Âgé de 44 ans, l’homme est désormais poursuivi par la justice fédérale américaine pour des agressions sexuelles sur quatre mineurs haïtiens, des faits s’étalant sur plusieurs années et s’inscrivant dans une longue histoire d’abus.
Entre 2002 et 2019, Jeriah Mast a multiplié les voyages en Haïti, travaillant au nom d’une organisation caritative respectée dans les milieux religieux conservateurs américains. Derrière l’image d’un homme pieux et dévoué aux plus pauvres, les enquêteurs ont découvert une réalité glaçante : Mast a reconnu avoir abusé d’une trentaine de garçons haïtiens, souvent issus de communautés démunies.
Les faits révélés dans l’acte d’inculpation indiquent également qu’il aurait commis d’autres agressions aux États-Unis.
Durant ces années, Mast agissait sous la bannière de CAM, un organisme proche des communautés amish et mennonites conservatrices, dont l’influence en Haïti s’est étendue à travers de multiples projets humanitaires.
En 2019, l’ancien missionnaire avait déjà fait face à la justice américaine. Il avait plaidé coupable pour des agressions sexuelles sur deux mineurs de l’Ohio, ce qui lui avait valu une peine de neuf ans de prison. Pourtant, il est libéré trois ans avant la fin de sa peine, en octobre 2025, sous un strict régime de probation réservé aux délinquants sexuels.
Un mois plus tard, le 5 novembre 2025, Mast est arrêté de nouveau. Le 2 décembre, il est formellement inculpé pour avoir voyagé à l’étranger dans l’intention de commettre des actes sexuels illicites, une violation directe d’une loi fédérale américaine visant à lutter contre le tourisme sexuel impliquant des mineurs.
Les nouvelles charges concernent quatre enfants haïtiens, agressés en 2004, 2007 et 2011 — année du séisme dévastateur.
Dans un des cas, l’homme aurait profité du chaos post-sismique pour abuser d’un adolescent de 13 ans dans une tente servant d’abri humanitaire.
Le scandale a éclaté une première fois en 2019, lorsque Mast a été discrètement exfiltré d’Haïti après que des soupçons ont émergé. Une enquête américaine révèle alors qu’il avait reconnu, lors d’un interrogatoire, avoir agressé plus de trente garçons haïtiens.
Une révélation choquante, qui soulève depuis des questions profondes sur les mécanismes de protection des enfants dans les environnements humanitaires.
Cette affaire s’ajoute à une série d’incidents impliquant différents groupes missionnaires en Haïti, où la misère et l’absence d’institutions fortes créent un terrain fertile pour les prédateurs dissimulés derrière la façade de la charité.
Christian Aid Ministries elle-même n’en est pas à sa première controverse : en 2021, 17 de ses membres avaient été kidnappés par le gang 400 Mawozo, un épisode qui avait déjà mis en lumière la présence massive et parfois mal encadrée de missions étrangères dans le pays.
L’affaire Jeriah Mast pose une fois de plus la question de la responsabilité des organisations humanitaires, souvent peu transparentes quant à la conduite de leurs agents à l’étranger.
Elle souligne aussi la nécessité pour Haïti de renforcer ses instruments judiciaires et sociaux afin de protéger les mineurs dans les zones où l’accès à l’éducation, aux structures d’accueil et aux autorités est extrêmement limité.
Les victimes, aujourd’hui adultes pour certaines, espèrent que ce nouveau procès aboutira enfin à une justice complète.
Au-delà du cas Mast, c’est tout un système d’impunité qui est mis en accusation : celui qui permet à des prédateurs de se cacher derrière la générosité apparente de missions humanitaires pour exploiter les plus vulnérables.
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