Alors que les autorités dominicaines réaffirment leur soutien politique à la transition haïtienne amorcée le 7 février, la politique migratoire menée à la frontière raconte une tout autre histoire. Entre appels au consensus et vagues d’expulsions, la relation bilatérale s’enlise dans une contradiction persistante.
À Port-au-Prince, les messages venus de Saint-Domingue se veulent rassurants. La République dominicaine plaide pour l’unité des acteurs politiques haïtiens, la restauration rapide de la sécurité et la relance du processus constitutionnel. Dans un contexte régional instable, ce positionnement diplomatique s’inscrit dans une volonté de préserver l’équilibre de l’île et de limiter les répercussions économiques et sociales de la crise haïtienne. Les discours officiels évoquent la coopération, le dialogue et la responsabilité partagée face aux défis communs.
Mais cette posture tranche avec la réalité observée le long de la frontière. Depuis l’an dernier, des dizaines de milliers de migrants haïtiens sont régulièrement interpellés, refoulés ou expulsés, tandis que les conditions d’accès aux documents de séjour se durcissent. Ce resserrement migratoire, présenté comme une nécessité sécuritaire, alimente un profond sentiment d’injustice et met en lumière la vulnérabilité extrême des populations concernées. Les images de familles séparées et de convois d’expulsés soulèvent de vives critiques, tant au sein de la société civile haïtienne qu’auprès d’organisations internationales.
Entre discours diplomatiques et pratiques frontalières rigoureuses, la relation haïtiano-dominicaine oscille ainsi entre coopération affichée et fermeture assumée. Une dualité qui pose une question centrale : peut-on réellement parler de solidarité régionale lorsque l’entraide politique ne s’accompagne pas d’un minimum de cohérence humaine ?
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